
Quand arrêter fais de vous le méchant de l'histoire
- Maïté

- 5 janv.
- 3 min de lecture
Je me suis toujours demandé pourquoi les gens prenaient presque toujours mal quelque chose qui se termine. Pourquoi, dès qu’on dit j’arrête, ça ne me convient plus, je ne veux plus continuer, on devient automatiquement la personne qui dérange, celle qui fait mal, celle qui serait en tort, comme si mettre fin à quelque chose faisait de nous, par défaut, le méchant de l’histoire.
Je l’ai observé partout autour de moi, dans des contextes très différents, mais avec toujours la même mécanique en toile de fond.
Dans le travail, par exemple, vouloir arrêter, changer, partir est souvent perçu comme une trahison ou un abandon. Les regards changent, l’ambiance se tend, comme si le simple fait de choisir autre chose devenait une offense personnelle.
Dans les relations amicales aussi, quand une relation ne nourrit plus, quand elle fatigue, quand elle ne résonne plus, prendre de la distance est rarement accueilli avec douceur. On devient froid, ingrat, égoïste, alors qu’on essaie simplement d’être honnête avec ce que l’on ressent.
Et dans les relations amoureuses, c’est encore plus flagrant. Arrêter une relation est presque toujours associé à l’idée de faire souffrir, quoi qu’il arrive, peu importe le respect, la façon de dire, le chemin parcouru ensemble, la fin suffit à désigner un coupable.
Alors je me demande souvent pourquoi, pourquoi ce serait toujours mal de sentir qu’une histoire est arrivée à son terme.
J’ai l’impression qu’on nous a appris très tôt que continuer est une valeur en soi, tenir bon, ne pas lâcher, aller jusqu’au bout, comme si arrêter était forcément un échec, une fuite ou un manque de courage, alors que bien souvent c’est exactement l’inverse.
Arrêter demande de la lucidité, de l’honnêteté et du courage, parce qu’il faut écouter ce qui se passe à l’intérieur, même quand ça dérange, même quand ça ne fait pas plaisir, même quand ça bouscule l’autre.
Ce qui est mal vécu, je crois, ce n’est pas tant la fin en elle-même que ce qu’elle renvoie. Une fin oblige à regarder ce qui ne fonctionne plus, ce qui s’est déséquilibré, ce qui n’est plus vivant, elle met en lumière des attentes, des manques, parfois des illusions, et tout cela n’est pas confortable à accueillir.
Quand quelqu’un décide d’arrêter, il rompt un contrat invisible, un contrat que l’autre n’avait peut-être jamais remis en question, et forcément ça secoue.
Mais arrêter ne veut pas dire rejeter, arrêter ne veut pas dire nier ce qui a été vécu, arrêter ne veut pas dire que tout était faux avant, ça veut simplement dire qu’aujourd’hui ce n’est plus juste pour soi.
Et peut-être que ce qui dérange le plus, c’est justement cela, voir quelqu’un s’autoriser à écouter ce qui est juste pour lui, même quand ça ne correspond plus aux attentes, aux projections ou aux habitudes.
Avec le temps, j’ai compris que je n’avais pas à porter la culpabilité des fins nécessaires, qu’il n’y a rien de malsain à reconnaître qu’un cycle est terminé et qu’on peut être profondément respectueux tout en choisissant de s’arrêter.
Toutes les choses ne sont pas faites pour durer toujours, certaines sont là pour un temps, pour une étape, pour une version de nous, et ce n’est pas une trahison de l’admettre.
Peut-être qu’on gagnerait collectivement à normaliser les fins, à les voir non pas comme des échecs mais comme des mouvements naturels, comme des respirations, comme des passages.
Alors n’ayez pas peur d’arrêter une relation, n’ayez pas peur de le dire, n’ayez pas peur de mettre des mots sur une fin, parce que ce n’est pas de votre faute, ce n’est pas une attaque, ce n’est pas un manque de cœur, c’est simplement l’histoire qui se termine, et parfois reconnaître cela avec honnêteté est la chose la plus juste, la plus saine et la plus respectueuse que l’on puisse faire, pour soi comme pour l’autre.






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